FabLab : comment devenir un bricoleur 2.0 ?

Dans le quartier maritime de Bruxelles se trouve un curieux laboratoire où l’on peut fabriquer (presque) tout. Cet espace, connu sous le nom de Fab Lab, est un atelier dédié à la fabrication numérique qui regroupe un ensemble de machines high tech capables de produire n’importe quel objet physique. Ouverts à tous les citoyens, les Fab Labs participent à la démocratisation de la fabrication numérique et personnelle, et ouvrent l’ère à ce que certains désignent comme la nouvelle révolution industrielle.

Le centre iMAL (Interactive Media Art Lab) est une asbl dédiée à l’art et aux nouvelles technologies et qui sert également de lieu de résidence pour les artistes. Depuis septembre 2012, ce Media Lab dispose d’un laboratoire de fabrication numérique, Fablab.iMAL, qui est accessible à tous ceux désireux de bidouiller. Nous avons rencontré Yves Bernard, directeur d’iMAL, pour nous parler de fabrication numérique et nous faire visiter son Fabulous Laboratory.

Fabrication Laboratory : un concept geek révolutionnaire

Un Fab Lab (abréviation de Fabrication Laboratory) est un atelier regroupant différentes machines qui permettent de fabriquer des objets dans un processus entièrement numérique. Le concept de Fab Lab fut développé au début des années 2000 au Center for Bits and Atoms (CBA) du MIT (Massachusetts Institute of Technology) afin de rechercher la suite de la révolution numérique, à savoir la numérisation de la fabrication dans le but de développer des outils capables d’assembler la matière au niveau atomique. Depuis lors, un réseau mondial de Fab Lab s’est développé afin que les citoyens puissent accéder aux outils de la fabrication numérique jusqu’alors réservés au monde de l’industrie. Accompagnateurs des pratiques DIY (Do it Yourself), les Fab Labs attirent une nouvelle catégorie de geeks – les makers – et s’inscrivent dans un mouvement de partage de connaissances et de données liées au monde des objets. Basé sur la philosophie open source, le concept de Fab Lab met en avant des idéaux tels que le partage des connaissances, l’économie collaborative, la créativité distribuée, l’innovation collective et la durabilité.

La fabrication numérique désigne l’utilisation de machines-outils à commande numérique pouvant fabriquer des objets physiques. Il s’agit de la découpe laser, de la fraiseuse numérique et également des méthodes dites de prototypage rapide comme l’impression 3D. La fabrication numérique et personnelle, décrite comme la Prochaine Révolution Industrielle (Chris Anderson), fait appel à ces nouvelles technologies qui permettent aux individus de manufacturer un objet en branchant leur ordinateur à leur imprimante 3D. Selon les spécialistes, ces techniques sont désormais accessibles à tous – via les Fab Labs dans un premier temps – et il sera bientôt possible de manufacturer chez soi nos produits selon nos propres besoins grâce à une imprimante 3D personnelle.

Ce changement radical dans la manière de produire et de consommer suscite un vif enthousiasme chez les tous ces bricoleurs 2.0, persuadés que la fabrication personnelle représente une alternative à la production de masse et à l’obsolescence planifiée. Imaginez une société dans laquelle il serait possible de réparer une pièce d’un appareil électroménager, simplement en téléchargeant le fichier sur un site de partage pour ensuite l’imprimer chez soi. L’accessibilité est la condition première pour mettre en place cette révolution. La chute des prix des imprimantes et un stock grandissant de fichiers numériques destinés à l’impression 3D permettent aujourd’hui de passer de simple consommateur à producteur. Yves Bernard, conscient de ces changements techniques et sociaux explique l’importance d’ouvrir un Fab Lab pour aider les citoyens à devenir de véritables makers :

« Je pense que derrière ce concept de fabrication numérique, il y a effectivement une révolution industrielle qui se prépare et qui est aussi une révolution sociale. Elle ouvre beaucoup de perspectives dans la façon dont la société est organisée, dans la façon dont on produit les objets, les consomme, les design, les élabore. Je pense qu’il faut être acteur là-dedans ».

Inscrits dans un réseau mondial, il est important que les Fab Labs répondent à certaines conditions. Ces lieux doivent être (partiellement) gratuits, ouverts au public et se soumettre à une charte. En échange, les participants partagent leur connaissance en documentant leur projet, les trucs et astuces de leur création voir même leur design sous une licence Creative Commons. Le Fablab.iMAL dispose d’un wikimal où l’on retrouve toute cette documentation.Pour accéder aux machines, il suffit de se faire membre (mensuel ou annuel) et de payer une cotisation. Il s’agit d’un modèle d’économie collaborative répandu dans beaucoup d’autres Fab Labs dans le monde. « C’est une ressource communautaire qui vit grâce aux contributions de la communauté. Les coûts sont partagés entre tout le monde », nous explique Yves Bernard.

Fablab.iMAL : un laboratoire orienté art

La particularité du Fablab.iMAL est qu’il fut créé dans un centre d’art orienté nouvelles technologies. Il suffit de visiter le lieu ou son site web, pour découvrir une série de sculptures et œuvres artistiques réalisées à l’aide de l’imprimante 3D, de la découpe laser et de la fraiseuse numérique. Aujourd’hui, de nombreux artistes numériques désirent quitter l’écran pour aller vers le tangible. La création de ce Fab Lab répond au besoin de ces artistes de pouvoir expérimenter avec les techniques de fabrication numérique.
Cependant, cet atelier est ouvert à tous les citoyens ingénieux qui « ont envie de prendre une part active dans la société au travers des objets dont ils ont besoin et de commencer à essayer de voir si ils peuvent les faire eux-mêmes de manière locale avec les outils qui se trouvent ici au Fab lab », insiste le directeur d’iMAL.

Pour Yves Bernard, l’idée sous-jacente des Fab Labs est de revenir à un artisanat grâce à la création de petites unités de production où l’on produit localement ce dont on a besoin.
Fablab.iMAL est le premier Fab Lab créatif de Bruxelles et est accessible à tous les citoyens.

Source: http://www.bruxitizen.be/bruxiblog/

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